Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les aventures de Mister P.

  • TMB J9 Bilan

    Ça y est ! Nous avons fini « notre » Tour du Mont Blanc (car il y a de nombreuses variantes).

    Le dernier jour nous a proposé le plus gros dénivelé positif de ce Tour : 1300m. Et en particulier une succession « montée aux  Chalets de Truc puis Col de Tricot « particulièrement exigeante surtout avec la chaleur.

    Globalement faire un TMB reste un vrai défi et s’adresse à des « ultra-randonneurs » confirmés (voir chronique d’hier, J8) ou ceux qui en ont le potentiel. Rien d’insurmontable si on a un peu d’expérience et les qualités élémentaires : patience du cheminement (les montées  et les  fins d’étape peuvent paraître longues) et confiance en son pas (pour la pente, qu’elle soit montante ou descendante).

    Pour ce qui est du visuel, l’expérience reste exceptionnelle. C’est une sorte de quintessence de la montagne. Ce n’est pas pour rien que le monde entier y vient.

    La fréquentation, d’ailleurs, parlons-en. Oui, il y a vraiment beaucoup de monde. Est-ce un problème ? A chacun d’apprécier si c’est une raison de se priver d’un cheminement vraiment unique.

    En tout cas pour moi, outre l’accomplissement d’un vieux rêve de marcheur, ce fut aussi un retour aux sources. Aujourd’hui nous sommes passés sous les Dômes de Miage et l’arête de Bionnassay, des sommets gravis (alpinisme) en… 1982 ! J’ai de la chance de pouvoir revenir ici si longtemps après avec Mister P. ! Hélas  les glaciers ne sont plus du tout les mêmes… et cela alimente en moi une sourde colère contre ma génération …

    Je ne voudrais pas finir ce bref « bilan » sans marquer aussi la qualité de l’aventure amicale vécue encore une fois avec Daniel le compagnon de marche.

    Et maintenant ? Mister P. continue d’avancer… mais se donne aussi le droit de se reposer…

    • À bientôt ! Merci de votre fidélité.
  • TMB J8 Ultra

    8 6 juillet

     

    Encore une longue étape : 20km, 1000D+,1350D-. Arrivée au beau village des Contamines-Montjoie en passant par ND de la Gorge.

    On enchaine donc les « ultra-randonnées » qui sont à la randonnée ce que « l’ultra-trail » est au trail. Je propose ce terme qui n’est étonnamment pas utilisé alors qu il serait très utile pour distinguer la sortie du dimanche (ou hebdomadaire en club de marche) de ces longues étapes à gros dénivelés. En trail on a du mal à se mettre d’accord mais généralement au-dessus de 40km c’est un trail « long » et à partir de 80 c’est un « ultra ».

    On pourrait distinguer de la même manière la « rando » (maxi 3h 500 D+) de la « longue rando »(environ 5h jusqu’à 1000D+) et « l’ultra-rando » (plus de 6h de marche effective et plus de 1000D+ sur terrain accidenté).

    À quoi bon ce genre de distinctions ? À choisir ce qui nous convient, à ne pas se retrouver en galère ou souffrance. Il est un peu bizarre de mettre sous le même mot des réalités si différentes.

    Je fais du trail pas de l’ultra (et ce TMB me le confirme : je suis totalement incapable de m’imaginer sur l’UTMB…).

    À part ça… Comme prévu j’ai recroisé ce matin le petit couple. je les ai retrouvés au Refuge de la Croix du Bonhomme (avant le Col du Bonhomme !), en attendant Daniel qui aujourd’hui en a un peu plein les pattes.

    Je leur ai offert deux petites pierres « love and peace » qu’ils ont choisies parmi la dizaine que j’ai amenées dans mon sac. Je crois que ça leur a fait vraiment plaisir. Je crois bien que ce sont mes premières «  petites pierres » qui partent en Grande-Bretagne

  • TMB J7 Frenchy

    Aujourd’hui on a explosé les compteurs : 22km, 1032D+, 1134D-, 7h30 pauses comprises.

    Pourtant, ce soir, pas de fatigue particulière. C’était le 7eme jour. Évidemment une accoutumance s’installe. Le corps, déjà rompu de longue date à ce type d’effort, s’habitue et s’adapte. Cela s’appelle l’entraînement, et comme le disait le philosophe Michel Serre : « Rien ne résiste à l’entraînement ». Après un détour par le récent refuge Combal (photo) et le lac du Miage, nous avons grimpé jusqu’au refuge Elisabetha (arrêt boissons) puis au Col de Seigne, un passage fameux du TMB emprunté depuis le Moyen-Age et fréquenté par les Romains (c’était la minute culturelle…). Le Col marque aussi le retour en France. Ensuite longue descente vers le refuge des Montets, puis derniers kilomètres, dont une délicate traversée de torrent et névé, jusqu’au gîte du hameau de Chassieux. Au bout du sentier qui rattrape la route on tombe sur  un panneau interdisant formellement ce chemin à cause de l’effondrement du pont sur le torrent et du névé dangereux. Mais pas de panneau à l’autre bout du sentier par où nous sommes arrivés. C’est malin ! Ce soir table commune avec une dizaine d’anglophones en grandes conversations. J’ai fait mon petit effet en disant : « Sorry, I’m french !».  Il faut dire que sur ce chemin, les étrangers sont légions (comme diraient les Romains!). Parmi eux un petit couple que nous voyons presque chaque jour. Ils sont sur le même timing que nous. Elle est irlandaise (from Belfast), il est anglais (from Plymouth). Ils se sont connus à l’université et ce sont leurs dernières vacances avant la vie « active »(comme on dit).  Ils étaient à table (commune) avec nous. On les reverra probablement encore demain. Ça me rappelle le Camino…

  • TMB J6 Le luxe

    Nous sommes en Italie. Pour saluer les (très) nombreux randonneurs.euses que nous croisons sur ce TMB, Daniel fait preuve d’une admirable inventivité polyglotte. Ça va de «Buongiorno » et « Ciao » à « buena giornata », parfois un étonnant « Prego », il passe à l’anglais avec « Have a nice day », « Hi », « Thank you », « You welcome », et revient parfois au français parce qu’on ne sait jamais « à vue » à quelle nationalité on a affaire : « Bonjour », « Passez une bonne journée », « Courage c est pas loin »(quand ils montent). On reconnaît seulement les Asiatiques, mais Daniel reste fidèle au Japon ce qui a valu à un probable chinois un improbable « arigato » (merci) …Bref, un festival linguistique !

    Tout ce monde aujourd’hui nous l’avons croisé sur de magnifiques sentiers en balcon qui nous ont offert toute la journée l’intégralité du versant italien du « Monte Bianco ». Esthétiquement peut-être la plus belle étape, entre refuge Bonatti (le célèbre alpiniste) et refuge Bertone (alpiniste mort au Mont Blanc).

    Tout cela avant de descendre à Courmayeur,  le Chamonix italien, en plus chic. Comme à Cham le bureau des guides est à  cote de l’église. Comme à Cham plein de boutiques de marques rando dans lesquelles je me retiens de rentrer. Et en plus ici des boutiques de montres (Rollex, Omega, Patek) dans lesquelles je n’ai pas envie de rentrer. La vraie richesse  est ailleurs, comme l’eau de cette fontaine au vieux lavoir  au bas de la descente.  Quel luxe que cette eau fraîche dans mes mains et sur mon visage ! Quel luxe que ces paysages et ces chemins ! Quel luxe d’être là !

  • TMB J5 Sensations

    Aujourd’hui  fut probablement l’étape la plus « accomplie » sportivement. Courte (12km) mais pentue (1000mD+, idem D-). Tous les dénivelés ne se « vivent » pas de la même manière. Aujourd’hui beaucoup de parties en alpages, et ça j’adore . Dans la montée au mythique Grand col Ferret, point culminant du TMB (2536m), j’ai retrouvé (ou presque) le rythme de grimpeur de mes 20 ans ! Et dans la descente j’ai couru en partie, me prenant pour un trailer sur l’UTMB. Les jambes tiennent bien, les appuis sont précis, et j’ai pu ainsi « dérouler » dans une descente beaucoup moins cassante et technique que celles des deux premiers jours. De très agréables sensations physiques, donc, et dans un paysage somptueux, vaste sans être écrasant, aux pentes herbeuses et fleuries. Il reste un peu de neige et des bouts de glacier, des cascades et des torrents. La canicule ne nous a pas encore tout pris ! Mais quels seront les paysages que verront nos petits-enfants dans un monde où on cherche à « s’adapter » au lieu de changer ?

    Quel bonheur que le grand vent glaçant qui soufflait au Grand col Ferret !

    Va-t-on un jour « climatiser «  aussi les chemins devenus insupportablement chauds ?

    En attendant la fin d’un certain monde, on ne se prive pas, et exceptionnellement (normalement on ne déjeune pas) nous avons fait un stop au refuge Elena pour un « bière et lasagnes » en terrasse face aux massifs majestueux. C’est Daniel qui a eu cette bonne idée. Elle est pas belle la vie ?

  • TMB J4 Silence… ou presque.

    Comme de gros benêts que nous sommes parfois (pas souvent tout de même) nous avons réussi à faire 4km de plus que prévu ! Le road-book mentionnait bien pourtant que la trace GPS menait à Ferret, plus loin que Fouly où nous dormons ce soir… Stupid boys ! Bilan une étape de 20km (800 D+, 800 D-). Heureusement grand soleil pas caniculaire, sentiers et paysages doux, cheminement beaucoup plus « confortable ». Ce doit être l’effet helvète ! Ah ces Suisses … leurs jardins remarquables, leurs chalets désirables, et leurs stocks de bûches impeccables… Tout ça est d’un calme tellement agréable! Sauf quand déboulent des randonneurs bruyants qui, « le nez sur leur portable, sont connectés avec toute la planète sauf avec ces lieux qu’ils traversent, préférant le ronronnement de leur blabla continu à la petite musique du vent ou au chant des oiseaux ou au simple silence ». Cette phrase est écrite sur une fresque type BD affichée au bord du chemin au hameau de Praz-de-fort. Étonnamment le seul personnage silencieux de ce dessin semble inspiré de l’ami Daniel (devinez pourquoi : voir photo) !

  • TMB J3 Le compagnon

    Étape longue et pluvieuse, entre Trient et Champeix-le-lac : presque 17km, 1050D+, 800D-. Nous faisons le « Tour » dans le sens horaire. Apparemment ce n’est pas le cas de la plupart des marcheu.rs.ses tant nous avons croisé des caravanes randonneuses montantes dans la descente après le Chalet de Bovines (préféré à la trop risquée Fenêtre d’Arpette par temps de pluie). Beaucoup d’Asiatiques. L’ami Daniel, dont la belle-fille est made in Japon, aime les saluer d’un « Enjoy » (accent varois) ou « Bonjour » (accent anglais de Toulon) ou « Vous êtes japonais ?» (accent sympathique). Il est comme ça le Daniel : spontané et partageur. A une randonneuse qui monte : « Vous allez jusqu’en haut ? ». Après un énième dégazage sur le chemin : « Bon pétant, bon vivant ! »(comme disait son grand-père). Le soir il s’endort en trois secondes chrono. Au réveil chaque matin il fait son yoga du visage, des yeux, et la salutation à Ganesh le dieu éléphant. Ce qui ne l’empêche pas d’être capable de mettre son slip à l’envers devant derrière ! Il est hyper bienveillant,

    hyper généreux, et vaillant dans l’effort. Toujours content, jamais plaignant . Minutieux et élégant. Et s’il râle (très rarement) c’est trèèès doucement, c’est à dire… pas du tout comme Mister P. !

    Vous l’avez compris : c’est un formidable compagnon de marche. J’ai de la chance de le connaître…P

    Et vous l’avez deviné : sur la photo, c’est lui !

  • TMB J2 La Suiiiiisse

    Encore 1000m de D-, et 800 de D+, le tout pour 13km, avec un passage au magnifique Col de Balme qui marque l’entrée en Suisse ! Ce soir nuit dans un gîte à Trient. Petite église rose, pelouses impeccables, gîte coquet, boissons hors de prix : pas de doute c’est bien la Suisse… J’ai géré le gros dénivelé négatif par un changement de chaussures, finissant la journée avec mes « fameuses » sandales Teva qui ont fait presque l’intégralité de mon Camino numéro 1.

    Je suis vraiment fait pour ce minimalisme !

    A part ça ? Comme  partout sur les chemins les vélos me cassent les… bonbons ! D’autant plus qu’ici la difficulté technique empêche la plupart d’enfourcher leur « bécane »(souvent électrique). L’un de ces « VTTistes «  a fait toute la descente  à pied derrière nous en (re)tenant son vélo. Et il était monté au Col en télécabine ! Ridicule. D’autres plus doués dévalent quelques morceaux de chemin en abîmant le sentier.  Devant ma tentation de leur mettre, au sens propre, « des bâtons dans les roues », l’ami Daniel m’incite à « rester zen ». Ah ce sacré Daniel ! Demain je vous en ferai le portrait.

    En attendant ce soir on va regarder France -Suède sur le téléphone, à une heure tardive, sauf si on s’endort avant, car tout de même, malgré l’enthousiasme du jour (voir photo), la fatigue est bien là.

  • TMB J1 Jusqu’au bout de l’orteil…

    Je dois l’avouer : la montagne, ça se mérite… Après deux ans de Camino puis deux saisons de trail, j’avais peut-être un peu oublié que marcher « en montagne » n’est pas seulement marcher. Il faut aussi une dose d’abnégation, une patience endurante, une résistance aux douleurs corporelles. Oui, marcher en montagne est un réel effort. Pas facile. Et vous savez quoi ? C’est même pour ça qu’on le fait. C’est un plaisir composite fait d’exaltation et de petites souffrances. Je parle là, bien sûr, du randonneur âgé, pas de la jeunesse triomphante qui caracole tout en souplesse et fluidité. Mister P.  à bien connu ça, cette ivresse du corps… Maintenant il doit composer avec raideur et lenteur. Et avec bobos récurrents. Comme ce gros orteil relevé (héritage génétique) qui s’obstine à venir taper le bout de la chaussure dans les descentes. Et aujourd’hui on a eu 1100m de D- ! Oui, parfois c’est rude. Mais quelle récompense, mon Dieu ! Ce massif du Mont Blanc toute la journée sous les yeux, des lacs qui reflètent les sommets, un bouquetin qui traverse le chemin… Non, marcher en montagne n’est pas seulement marcher : c’est une expérience totale, c’est sentir intensément la vie, de la tête aux pieds, de l’esprit à l’orteil…

    Ce soir, après une montée au Lac Blanc et une redescente sur l’Argentiere, nous sommes logés à l’hôtel du Dahu… Le dahu ? Mais oui, vous savez bien, cet animal qui a deux pattes plus courtes pour mieux tenir dans la pente. Cette légende doit bien faire rire le chamois qui, cette après-midi, se tenait tranquillement sereinement perché au bord d’un à pic et nous regardait descendre sur nos jambes flageolantes…

  • TMB J1 Jusqu’au bout de l’orteil…

    Je dois l’avouer : la montagne, ça se mérite… Après deux ans de Camino puis deux saisons de trail, j’avais peut-être un peu oublié que marcher « en montagne » n’est pas seulement marcher. Il faut aussi une dose d’abnégation, une patience endurante, une résistance aux douleurs corporelles. Oui, marcher en montagne est un réel effort. Pas facile. Et vous savez quoi ? C’est même pour ça qu’on le fait. C’est un plaisir composite fait d’exaltation et de petites souffrances. Je parle là, bien sûr, du randonneur âgé, pas de la jeunesse triomphante qui caracole tout en souplesse et fluidité. Mister P.  à bien connu ça, cette ivresse du corps… Maintenant il doit composer avec raideur et lenteur. Et avec bobos récurrents. Comme ce gros orteil relevé (héritage génétique) qui s’obstine à venir taper le bout de la chaussure dans les descentes. Et aujourd’hui on a eu 1100m de D- ! Oui, parfois c’est rude. Mais quelle récompense, mon Dieu ! Ce massif du Mont Blanc toute la journée sous les yeux, des lacs qui reflètent les sommets, un bouquetin qui traverse le chemin… Non, marcher en montagne n’est pas seulement marcher : c’est une expérience totale, c’est sentir intensément la vie, de la tête aux pieds, de l’esprit à l’orteil…

    Ce soir, après une montée au Lac Blanc et une redescente sur l’Argentiere, nous sommes logés à l’hôtel du Dahu… Le dahu ? Mais oui, vous savez bien, cet animal qui a deux pattes plus courtes pour mieux tenir dans la pente. Cette légende doit bien faire rire le chamois qui, cette après-midi, se tenait tranquillement sereinement perché au bord d’un à pic et nous regardait descendre sur nos jambes flageolantes…

  • TMB J1 Jusqu’au bout de l’orteil…

    Je dois l’avouer : la montagne, ça se mérite… Après deux ans de Camino puis deux saisons de trail, j’avais peut-être un peu oublié que marcher « en montagne » n’est pas seulement marcher. Il faut aussi une dose d’abnégation, une patience endurante, une résistance aux douleurs corporelles. Oui, marcher en montagne est un réel effort. Pas facile. Et vous savez quoi ? C’est même pour ça qu’on le fait. C’est un plaisir composite fait d’exaltation et de petites souffrances. Je parle là, bien sûr, du randonneur âgé, pas de la jeunesse triomphante qui caracole tout en souplesse et fluidité. Mister P.  à bien connu ça, cette ivresse du corps… Maintenant il doit composer avec raideur et lenteur. Et avec bobos récurrents. Comme ce gros orteil relevé (héritage génétique) qui s’obstine à venir taper le bout de la chaussure dans les descentes. Et aujourd’hui on a eu 1100m de D- ! Oui, parfois c’est rude. Mais quelle récompense, mon Dieu ! Ce massif du Mont Blanc toute la journée sous les yeux, des lacs qui reflètent les sommets, un bouquetin qui traverse le chemin… Non, marcher en montagne n’est pas seulement marcher : c’est une expérience totale, c’est sentir intensément la vie, de la tête aux pieds, de l’esprit à l’orteil…

    Ce soir, après une montée au Lac Blanc et une redescente sur l’Argentiere, nous sommes logés à l’hôtel du Dahu… Le dahu ? Mais oui, vous savez bien, cet animal qui a deux pattes plus courtes pour mieux tenir dans la pente. Cette légende doit bien faire rire le chamois qui, cette après-midi, se tenait tranquillement sereinement perché au bord d’un à pic et nous regardait descendre sur nos jambes flageolantes…

  • TMB J1 Jusqu’au bout de l’orteil

    Je dois l’avouer : la montagne, ça se mérite… Après deux ans de Camino puis deux saisons de trail, j’avais peut-être un peu oublié que marcher « en montagne » n’est pas seulement marcher. Il faut aussi une dose d’abnégation, une patience endurante, une résistance aux douleurs corporelles. Oui, marcher en montagne est un réel effort. Pas facile. Et vous savez quoi ? C’est même pour ça qu’on le fait. C’est un plaisir composite fait d’exaltation et de petites souffrances. Je parle là, bien sûr, du randonneur âgé, pas de la jeunesse triomphante qui caracole tout en souplesse et fluidité. Mister P.  à bien connu ça, cette ivresse du corps… Maintenant il doit composer avec raideur et lenteur. Et avec bobos récurrents. Comme ce gros orteil relevé (héritage génétique) qui s’obstine à venir taper le bout de la chaussure dans les descentes. Et aujourd’hui on a eu 1100m de D- ! Oui, parfois c’est rude. Mais quelle récompense, mon Dieu ! Ce massif du Mont Blanc toute la journée sous les yeux, des lacs qui reflètent les sommets, un bouquetin qui traverse le chemin… Non, marcher en montagne n’est pas seulement marcher : c’est une expérience totale, c’est sentir intensément la vie, de la tête aux pieds, de l’esprit à l’orteil…

    Ce soir, après une montée au Lac Blanc et une redescente sur l’Argentiere, nous sommes logés à l’hôtel du Dahu… Le dahu ? Mais oui, vous savez bien, cet animal qui a deux pattes plus courtes pour mieux tenir dans la pente. Cette légende doit bien faire rire le chamois qui, cette après-midi, se tenait tranquillement sereinement perché au bord d’un à pic et nous regardait descendre sur nos jambes flageolantes…

  • TMB J-1 : À pied d’oeuvre

    8h24. Quai D. Gare d’Aix en Provence. Après un dernier baiser à l’aimée, me voici dans le train des Alpes. J’ai rendez-vous à Sisteron avec Daniel. Nous avons déjà formé un binôme joyeux et efficace dans pas mal d’aventures (GR 20, Patagonie, désert algérien, Cap Vert…). C est donc naturellement avec lui que je vais faire cette boucle de 170 km autour du Mont-Blanc.

    J’ai souvent été marcheur solitaire mais Mister P., lui, a besoin maintenant d’un compagnon de chemin.

    Peu de monde dans le train.  Ambiance climatisée. Dehors la canicule relâche un peu sa pression.

    La, à l’instant, je me sens particulièrement bien…. Calé, détendu, au frais, en route vers une nouvelle aventure et… sans tremblements… Sur le siège à côté  le  nouveau sac à dos acheté pour l’occasion : un Osprey Sportlite25. Il est parfait. Je l’adore déjà. J’ai toujours eu des rapports quasi affectifs avec mon matériel de rando…

    Je profite de ce J-1 pour vous communiquer mon parcours (voir image ci-dessus).

    A Sisteron, Daniel, venu du Var,  me rejoint en voiture et nous conduira jusqu’à Chamonix où nous démarrerons demain notre petite aventure.

    Le train longe la Durance sans épouser ses méandres. Les lavandes sont en fleurs. Le soleil m’ éblouit à travers la grande vitre. Je regarde mon reflet. Je lui souris… N’oublie pas, Mister P. , n’oublie pas cet instant serein suspendu au-dessus du volcan…

    15h40, Hôtel Le Chamonix. À pied d’œuvre au pied du Mont Blanc. Le balcon de notre chambre donne sur l’arche d’arrivée du Marathon du Mont Blanc… un autre rêve de Mister P. ?

  • TMB: J-2 Si longtemps après ...

    Ce "topoguide" (voir image ci-dessus) du très célèbre  "Tour du Mont-Blanc" date de 1986... J'étais jeune (et beau ;-) ) à l'époque... J'avais découvert la randonnée par un Tour de la Vanoise fait à 16 ans en compagnie de mon frangin Gégé, initiateur en "marche en montagne". J'avais découvert l'alpinisme par des séjours dans les Ecrins puis dans le massif du Mont-Blanc grâce à un groupe de copains savoyards. En 1986 j'avais donc déjà à mon actif quelques belles marches itinérantes et quelques beaux sommets. Et déjà, dès cette période, je rêvais de ce "TMB", acronyme que chaque marcheur amoureux de la montagne connaissait comme le graal du randonneur. C'était très très longtemps avant que ce tracé labellisé Grande Randonnée (GR) devienne encore plus célèbre comme course de trail, le fameux UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc), série de courses dont  le format 170km  est au trail ce que le Tour de France est au cyclisme. En 1986, je marchais et courais sur les chemins de montagne mais le "trail" n'existait pas.  

    C'est donc une très longue histoire que j'entretiens avec cette boucle qui, en France, Italie, Suisse, fait le tour du sommet le plus haut d'Europe occidentale. Ce TMB je l'ai toujours "repoussé", en me disant que je pourrais toujours le faire "plus tard". J'ai privilégié des treks plus lointains et plus difficiles. Je me suis aussi entêté à grimper le sommet lui-même (à 60 ans, après 3 échecs de jeunesse).

    Le "Tour" m'attendait donc toujours... Aujourd'hui, enfin, je suis au rendez-vous, si longtemps après... Ce ne sera pas un exploit, ni un défi trop difficile à relever, mais il m'apparaît vraiment comme un "accomplissement" dans ma "carrière" de marcheur-randonneur... Avec le TMB, si tout va bien, j'aurai coché à peu près toutes les cases de ce qui  faisait rêver le tout jeune marcheur-alpiniste des années 80... 

    Ce fringant grimpeur des sentiers et des cimes, ce jeune insouciant et sans limites, portait son sac de rêves mais évidemment il ne se doutait pas que ce serait "Mister P." qui irait au rendez-vous du TMB...

    La vie miraculeuse nous réserve bien des surprises. Certaines sont réellement tragiques. D'autres sont seulement plus ou moins douloureuses. Quand elles ne nous enlèvent pas toutes nos capacités de sentir cette vie et notre "puissance d'exister", l'essentiel, quand c'est possible, est peut-être de continuer à poursuivre quelques-uns de ces rêves. Mister P. a la chance de pouvoir cheminer encore. Ne serait-ce qu'au nom de tous ceux et celles qui n'ont pas cette chance, Mister P. doit à nouveau se mettre en marche. Ce sera dans deux jours, et il va essayer de vous raconter cette randonnée pendant 9 jours, comme il l'a fait déjà pour de plus longs parcours, en acceptant de n'être plus le jeune chien fou des années 80 et d'être devenu vieux, lent ... et moche !  ;-))    

     

    PS : un an jour pour jour après la fin du projet  "14 sommets (de moins de 8000) en 14 jours"... Voir ci-dessous...                                             

  • Sommet 14/14. Le Grand Veymont.

    Au Moyen Âge, lors de jugements ou d'événements importants, il était courant de graver une marque ou une inscription sur une pierre pour en garder une trace officielle. La « pierre blanche » symbolisait alors un moment exceptionnel ou une décision capitale, inscrite de manière visible pour attester de sa particularité.

    Pour marquer ce jour, ce 14 e sommet, ce sont trois petites pierres (pas forcément blanches) que j’ai ramassées sur le chemin en redescendant du Grand Veymont, point culminant du massif du Vercors (2341m). Je les ajouterai à ma petite collection de cailloux qui marquent  autant de moments, rappellent des lieux, que je veux conserver ainsi dans cette mémoire caillouteuse gardienne de ces instants de grâce où se ressent pleinement la « puissance d’exister » (1), où l’on est envahi par cette adhésion à la vie, dans sa pureté élémentaire, son caractère fondamental, son évidence indicible, qui nous transporte dans un état de conscience absolue et de gratitude spontanée à ce qui nous fait être, dont on ne sait rien, mais vers quoi alors notre corps se tourne, nos mots s’adressent, et notre esprit s’elance.

    Parti à 6h30 du « camping des quatre saisons » j’ai mis 2h15 pour gravir les 1100 m de dénivelé . Jusqu’au Pas de la Ville, la brèche par laquelle on passe sur l’autre versant et les crêtes  qui mènent au sommet, aucun autre problème que la pente raide. Dans les quelques brefs passages « aériens » de la dernière montée, Mister P. a bien perçu en revanche la différence avec  son pas de sa vie d’avant. Son pied moins sûr, sa jambe moins agile, ses hésitations, sa moindre assurance, lui rappellent qui il est.

    Mais arrivé au sommet un spectacle grandiose l’attendait…

    J’avais déjà vu en d’autres lieux une masse nuageuse envahir ainsi la vallée toute entière, et une mer de nuages se former devant moi dont seuls émergent un pic plus haut que les autres ou des barres noires de sommets effilés sur l’horizon moussu et blanc. Cette fois c’était encore plus beau. Je ne sais pourquoi.

    J’en ai pleuré. Et ce n’était pas une posture. Probablement mon émotion essentiellement esthétique était liée aussi au sentiment d’achèvement. 14 sommets, 14 jours. Mon Himalaya à moi.

    Mes larmes du Grand Veymont ne célébraient pas un exploit sportif, car ce n’en est pas un (2),mais la fin de ce projet en forme de petit défi. L’important était là. Je l’avais fait. Mister P. l’avait fait.

    J’étais vivant. Puissamment vivant. J’ai joint mes mains et levé la tête vers le ciel où dansaient les hirondelles (et parfois, ici, passent les condors !) : namasté.

    Le vent soufflait  fort. J’ai mangé une pâte de fruits à l’abri d’un cercle de pierres. J’ai bu une flasque de boisson énergétique.

    J’allais partir sans m’être approché du cairn qui, quelques mètres à côté,  marque précisément le sommet.

    Je voulais en caresser les pierres.

    Une caillou était posé tout en haut de la petite pyramide.

    Au feutre vert, quelqu’un avait laissé un message : «  Sois heureux ». J’ai pensé immédiatement au chemin de Compostelle et à tous les « signes » qui arrivent sur ce Camino magique. Ici aussi, donc, on me parle… Puis-je dire : on me guide ?

    Je serais resté volontiers là, des heures, à regarder passer les nuages. Mais il faut redescendre. Il faut toujours redescendre. Et qu’importe l’altitude pourvu qu’on se soit projeté vers un sommet.

    14 jours, 14 sommets. Ma mémoire n’oubliera pas, et mes petites pierres  seront là pour me parler de ce jour béni. Que ce soit mon mot de partance.

    Mister P. 
    27 juin 2025 

    (1) La formule est de Spinoza. Michel Onfray en a fait le titre d’un de ses ouvrages, et Sylvain Tesson la reprend souvent à son compte.

    (2) Des chiffres. J’ai parcouru 165 km avec 10000m dénivelé + en 58h environ (pauses comprises). C’est en 14 jours l’équivalent d’un ultra-trail comme celui du Tour du Mont-Blanc (UTMB) dont le record est de… 20h !

  • Sommet 13/14. La montagne d’Oule.

    Initialement j’avais prévu un sommet qui ferait la transition entre les Hautes-Alpes et l’Isère (limite nord de mon périple).

    Le « Rocher rond », point culminant de la Drôme,  semblait tout trouvé. Mais je n’avais pas vraiment regardé les accès possibles. Sur Visorando, tous les itinéraires sont cotés »extrêmement difficiles « pour des raisons  qui, à lire les avis, semblent bien justifiées.

    Entre les deux gros défis du Pic de Bure et du Grand Veymont, ce n’était pas raisonnable. J’ai donc décidé de rester un jour de plus dans le Dévoluy et de chercher un petit sommet de substitution. Mon frangin, Gégé, marcheur expert et qui a longtemps vécu ici, m’a conseillé la Montagne d’Oule, une grimpette sèche, raide, en aller-retour. Quelle bonne idée !  Après une nuit au camping « Les Rives du lac », près du plan d’eau de Veynes au pied de cette montagne ronde de 1603m qui domine la petite cité porte d’entrée du Dévoluy, je me suis matinalement attaqué aux 800m de dénivelé d’un parcours essentiellement en sous-bois, pieds sur l’humus et feuilles rendues humides par une pluie très fine et erratique qui traversait à peine les branches sans contrarier ma progression (quelle longue phrase, on dirait du Proust!). 1h30 pour arriver au sommet où se trouve une table d’orientation récente et en bon état (c’est rare) et une curieuse boite à lettres rouillée sur un poteau planté, comme un objet surréaliste. Et quelle vue, encore !

    La descente fut prudente car je sens mon corps un peu atteint par tous les efforts consentis. Je ne fais plus le malin à me prendre pour un trailer comme dans les massifs provençaux!

    De retour à la cabane-mobile la pluie a un peu forci. Timing parfait. Et maintenant me voici à Gresse-en-Vercors, prêt pour mon dernier sommet de marcheur. Dernier mais pas plus haut (2341 contre Bure 2709). Mes « 14 sommets de moins de 8000 », par clin d’œil aux 14 sommets de plus de 8000, ce sont aussi « 14 sommets de moins de 3000 ». A chacun son Himalaya…

    Sans oublier mon autre défi, cheminement de lecteur celui-là  :l’intégrale de « A la recherche du temps perdu »  (2400 pages en volume unique éditions Quarto) en 100 jours, soit 24 pages par jour (par analogie aux 24 km/jour de mes chemins de Compostelle). Bon timing là aussi. Entamé le 7 avril il me reste 450 pages. Proust a déjà largement eu le temps de me contaminer !

  • Sommet 12/14. Le pic de Bure.

    Quoi qu’en disent certains contributeurs de l’application Visorando, qualifier de « très difficile » la montée et surtout la descente par la fameuse « Combe de mai » n’est pas exagéré. Certes je ne suis plus le randonneur irrésistible de 20 ou 30 (voire 40)ans. Et puis je suis devenu Mister P. avec tout ce que cela entraîne de raideurs et de déséquilibres.  Mais tout de même, je reste un bon juge.

    Quid réellement de ce Bure qui culmine à 2709m mais n’est que le 3e sommet du Dévoluy. Avec sa sacrée gueule en bec si reconnaissable, il s’en fout. Ceux qui le précèdent sont nettement moins connus !

    Ici ce ne sont pas les 1500 m dénivelé positif qui posent vraiment problème (quoique, très pentu parfois). C’est le négatif.

    Le retour par la « combe de mai » je ne voulais pas y repasser, après une première expérience il y a quelques années. Et puis prendre à rebours certains passages un peu délicats et mal balisés du trajet de la montée m’a un peu inquiété. Donc retour dans le terrible enfer de la combe, immense pierrier hyper traître, casse-gueule, raide, compliqué ( malgré mon expérience). Ça fait pas plaisir de se retrouver le cul glissant sur la caillasse. Bad moment, où j’ai trouvé mes limites. C’était peut-être nécessaire… Mais il y avait les chamois ! Des familles entières se baladant tranquilles et traversant en souplesse barres rocheuses et pentes abruptes, provoquant juste parfois, par leur effleurement, quelques chutes de pierres.

    Je ne reviendrai ici que  si je suis réincarné en chamois, pour narguer la Combe !

    Au sommet du pic de Bure le panorama est évidemment grandiose. Tiens,  il n’y a pas d’antenne (ni de croix) ! Étrange non ?

    Sur le plateau juste en dessous il y a en revanche les « grandes oreilles » de l’observatoire qui écoutent l’univers. A priori si un jour E-T nous fait signe, c’est ici qu’on l’entendra. Ce site est fascinant, surtout quand les immenses paraboles tournent au moment où, tout petit, vous passez dessous.

    Bref, j’ai un peu « tiré sur la corde » aujourd’hui. C’est le 12e jour il est vrai. Les dénivelés, positifs et négatifs, commencent à peser.

    J’étais pourtant bien fringant ce matin, en démarrant « à la frontale » à 5h15, après une bonne nuit dans ma berlinguette.

    A part ça… Je réalise que quelque chose me manque. Je réalise : où sont les torrents d’antan ? L’eau des sources et des glaciers. Cette humanité  est diabolique. Elle nous dépossède de tout ce que nous avions de mieux… Que restera-t-il de ce que j’ai connu pour mes petitous ? Je veux qu’ils retiennent, au moins un peu, des beautés de ce monde qu’on nous avait confié et que nous continuons de casser. J’ai honte, parfois, de ma génération…

    PS : je dédie cette chronique à mon (grand) frère Gégé et à mon amie Anne. Ils sauront pourquoi…

  • Sommet 11/14. Le pic de Ceüse.

    Presque 5h. Presque 900 m de dénivelé. Presque 18km. Ça fait beaucoup de « presque » et une sacrée belle rando « à coup sûr ».

    La falaise de Ceüse, au-dessus de Gap, en forme «fer à cheval », est connue par les grimpeurs-euses du monde entier. Ce sont eux pour la plupart qui viennent se poser au camping de Sigoyer où j’ai moi-aussi fait étape avec Miss Berlingo (c’est son nouveau surnom!).

    Quand on s’approche de ce rocher mythique dans le monde de l’escalade on tombe sur de curieuses pancartes : « Plein sud-Face de rat-Biographie-La lumineuse». Ce sont les noms, souvent marrants et inventifs, des grandes voies d’escalade qui ont été « ouvertes » ici et sont parmi les plus dures au monde. Ma préférée ? « Un pont sur l’infini ». Je me suis contenté, vous vous en doutez, de longer cette superbe falaise, ses dalles et ses surplombs. Aucun grimpeur sur mon passage. Je les aurais cru plus matinaux.

    Il me fallait bien pourtant grimper au sommet, moi, simple petit randonneur. Obligé, pour cela, de longuement progresser au pied du rocher sur un petit sentier totalement envahi par une végétation luxuriante et notamment d’ombélifères à foison. J’ai avancé en poussant de la poitrine (et des bâtons) les insectes butineurs dans une sorte de vacarme bourdonnant. Aucune abeille ne m’a piqué. Puis un cri strident ! Une marmotte, à quelques mètres à peine, qui a filé dans son terrier sous un rocher.

    Arrivé au bout de la falaise, je n’avais pas le choix. « Le pas du loup » est un peu vertigineux, mais il suffit de bien tenir le câble en main courante. N’empêche, tout de même, léger frisson. Faut s’appliquer.

    Après la crête puis le sommet (2016m), on entame la redescente par d’adorables sentiers étroits au milieu des herbes hautes et des fleurs. Comme à Lure hier. Et comme en tant d’endroits de ce type, moyenne montagne, alpages, crêtes ou balcons, que ma mémoire a stockés et qu’elle associe toujours à une grande sensation de plénitude… Tous ces souvenirs Mister P. en fait provision pour demain…

    Après, la descente fut longue, mais le corps encaisse bien.

    Aujourd’hui je n’ai pas couru. J’ai gardé mon pas de marcheur. Il me va bien. Je me sens inépuisable. Ce n’est pas vrai, bien sûr, mais rien n’empêche de l’imaginer un moment…

    Ce soir je mange à Gap, avec grande fillotte et ses 3 Petitous.

    Puis j’irai me poser au départ du chemin pour le pic de Bure. Un sacré client celui-là. Je le connais déjà, je sais qu’il est coriace. C’est pour ça que je l’ai mis sur ma liste. Maso moi ? Non, juste intensément vivant.

  • Sommet 10/14. La montagne de Lure.

     

    Magnifique parcours (13km, 650d+) à partir de l’ancienne station (on faisait du ski ici à une époque) de Lure pour monter sur les crêtes et sommet éponymes.

    D’abord une chouette descente par un vallon bois de feuillus. Tapis de feuilles. Ça fait drôle de ne pas courir-marcher sur de la caillasse !

    Arrivée rapide à l’abbaye (ND de Lure, évidemment). Ombre et trouées de lumière douce (il est tôt). Arbres noués noueux, centenaires mémorables. Source, fontaine, bruit de l’eau. Sérénité absolue. Chapelle fermée, hélas, mais pour la bonne cause (réfection).  Une belle montée ensuite toujours dans la bonne ombre de la forêt avant de déboucher sur une zone d’alpages que je trouve toujours d’une grande douceur au regard.

    Petite sente étroite qui se fraye un chemin au milieu des herbes hautes, fleurs de toutes les couleurs, et rondeurs des lignes du paysage où bosquets d’arbres et buissons fleuris sont placés comme le seraient des objets décoratifs. Tout est harmonieux, tout dit le calme et la volupté même si les insectes, et les mouches surtout, s’agitent.

    La caillasse je l’ai retrouvée à la descente, après le sommet (1826m) et ses inévitables… antennes (je sais, vous aviez deviné) civiles et militaires.

    De là encore un panorama premium. J’en aurai pris plein les yeux durant ces 14 jours ! Ça déborde !

    Des panneaux renseignent sur le pastoralisme, la flore et la faune. La vipère d’Orsini (un tout petit modèle) est l’espèce endémique du lieu. Je préfère tout de même ne pas la rencontrer…

    A 11h j’étais  déjà de  retour (temps:3h40) à la voiture et je programmais mon trajet vers les Hautes-Alpes.

    Hier soir j’ai dormi « chez moi » à Forcalquier : j’ai posé ma cabane mobile à côté de notre petit terrain envahi par les ronces et rosiers sauvages. J’ai rencontré deux voisins dont une anglaise qui a un gros chien qu’elle appelle logiquement « Big ». Sur le terrain, dans un espace plus accessible où l’herbe a été foulée, j’ai trouvé de « Big » crottes. Tant mieux. Au moins quelqu’un en profite !

    A la radio, dans la voiture, on ne cesse de parler de l’attaque des USA contre l’Iran. Je ne sais plus vraiment comment considérer cette humanité. Je suis un philosophe déboussolé. Heureusement je garde le cap vers les sommets. Et dans ce monde de fous, de bruit et de fureur, je sais que la quiétude existe. C’est l’eau d’une source qui coule dans une petite fontaine ronde auprès d’une abbaye cachée au fond d’un bois… Personne, jamais, ne me prendra ça.

     

  • Sommet 9/14 : Le Mont Ventoux.

    En matière de randonnée, le Mont Ventoux est un classique. Prestige du lieu, qualité et variété du cheminement, dénivelé, tout est réuni pour en faire un must pour les randonneurs comme il l’est pour les cyclistes ou les motards.

    Il n’était pas question cette fois-ci de choisir la montée « intégrale » face nord, 1500m de dénivelé. Je l’ai faite deux fois et aujourd’hui il ne faut tout de même pas abuser : j’ai 14 sommets  à enchaîner.

    Avec Cyril et Emma nous sommes donc partis (tôt : 6h30)du camping du Mont Serein où nous nous sommes retrouvés hier soir, réunissant nos « cabanes-mobiles » sur un même emplacement. Cela réduit considérablement la difficulté mais la rando reste difficile, exigeante (notamment dans les traversées  de pierriers). L’arrivée au col-sommet à 1910m, le basculement vers le grand espace minéral face Sud, reste toujours un moment d’exception. On y croise inévitablement des cyclistes qui prennent la photo traditionnelle. Ils peuvent être fiers. Moi j’étais bien content de retrouver le Ventoux en bonne compagnie. On a pris le temps de profiter de ce sommet, de ce « Mont chauve » (un de ses surnoms), du panorama (« unique en Europe » disent les guides touristiques), de ce site naturel si particulier, y compris par sa grande antenne, sorte de gros bitonio rouge et blanc un peu bizarre, comme la fusée de Tintin.

    Ai-je besoin de rappeler qu’à 1910m il est le point culminant de la Provence, transition entre les massifs alpins ( souvent vers 3000m) et les massifs provençaux (souvent vers 1000m) ?

    On est redescendu par un chemin qui reste d’abord face sud (vers le chalet Reynard)avant de rebasculer versant nord et d’alterner comme à la montée passages ombragés en forêt et impressionnantes traversées en balcons sur éboulis  abrupts. Tout cela nous a donné une quinzaine de kilomètres, environ 700 de d+, pour un temps (arrêts compris) de 4h30.

    De retour au Mont Serein, on a levé le camp à midi après une douche, une bière, et un croque-monsieur.

    On a eu un peu de mal à quitter les lieux. L’endroit est très agréable, l’ambiance apaisante.

    Mais la suite de l’aventure m’attend. Je dois prendre la route pour les Alpes de Haute Provence. Au revoir Vaucluse, département d’exception !

    Les sommets vont être plus hauts, les cheminements plus longs. Je dois garder la volonté, la motivation. Un petit travail mental m’attend. J’aurais volontiers continué en amicale compagnie. Me revoici solitaire.

    C’est cela aussi le défi. Allez, Mister P., allez !

    PS : petit jeu : combien y a-t-il de cyclistes sur cette image ?

  • Sommet 8/14 : la crête de Saint Amand

    Au sommet de la Crête Saint Amand on trouve l’inévitable antenne et… la classique croix ! Tradition et modernité pour ce point culminant des Dentelles de Montmirail, petite chaîne de collines qui marque la limite occidentale des monts de Vaucluse,  situées au nord de Carpentras, au sud de Vaison-la-Romaine et à l'ouest du mont Ventoux. C’est un petit coin magnifique (un de plus !) de Provence, peut-être moins connu que le toujours tendance Luberon, les Alpilles chics, et le géant Ventoux. On y boit bien sûr du bon vin dont le très liquoreux « Beaumes de Venise ».

    Grimper au sommet depuis le village de Suzette (pas Suzanne) n’a pas été trop compliqué ni très long. Ça tombe bien. Aujourd’hui est annoncé comme pic de cette première triste « canicule ».

    Quittant tôt le doux refuge de l’amie chez qui l’aimée est venue me rejoindre hier soir, j’ai démarré à 8h15 pour une boucle que j’ai abrégée pour finir dès 10h30 après 9 km et un petit 340d+. En toute sérénité. J’avais besoin de ça avant d’aborder les plus hauts sommets à venir.

    J’encaisse un peu le coup, tout de même. Probablement à cause de cette foutue chaleur, parce que par ailleurs la mécanique tourne bien. Pas de bobos, pas de courbatures. Fatigue un peu globale. Très peu dormi la nuit dernière.

    Je suis arrivé au camping du mont Serein, sur les pentes du Ventoux côté nord (Malaucène).

     J’attends Cyril et Emma qui doivent me rejoindre avec leur joli van jaune et  marcher demain avec moi jusqu’au sommet de ce géant de Provence. Un très célèbre point culminant celui-là, notamment pour les cyclistes du monde entier déjà très nombreux sur ses pentes à cette époque. En les voyant souvent à la dérive sur cette terrible ascension,  je me souviens de mes années de cycliste et du jour où, moi aussi, j’avais gravi ce col mythique…

  • Sommet 7/14. Les Opies.

    Le moins haut (ou le plus bas) des 14 sommets de mon projet aurait dû être logiquement… une simple formalité. Que nenni ! Ce fut une espèce d’aventure. Je raconte.

    D’abord j’ai galéré pour trouver le parking point de départ un peu à l’écart d’Eyguieres. Je venais de Gordes, chez l’amie Suzanne (ou plutôt : Su) qui m’accueille deux nuits.

    Départ tardif donc une fois de plus à 9h30, pour une étape de 11 km et 600 d+. Au début je retrouve un bout de mon premier Camino (chemin de Compostelle). Souvenirs, souvenirs. Puis on quitte rapidement cette « voie d’Arles » (l’ancienne voie Aurélia romaine)pour monter vers les Opies et sa cabane tour vigie (498 m, point culminant des Alpilles).

    Jusque là tout va bien. Petit sommet mais encore une vision remarquable sur les massifs provençaux et les plaines agricoles. Je ne connaissais pas. Pour Compostelle on évite les sommets.

    Après c’est devenu un peu plus compliqué. D’abord parce que la progression et les sentiers étaient moins évidents. Et puis parce que je n’avais pas fait attention ce matin à la charge réduite de mon tel. C’était pourtant pas le moment de perdre le fil de Visorando dont le contributeur avait bien précisé : «  trace gps bien utile pour progresser sur les crêtes. ». L’itinéraire choisi, une boucle évidemment, incluait en effet le mont Menu et ses (longues) crêtes rajoutant à la difficulté. Et franchement j’ai été plusieurs fois un peu « égaré » dans cette garrigue uniforme et ces «  sentes » pas toujours évidentes. Bon, en fait j’avais une batterie sup dans mon sac, mais j’ai tout fait (c’est à dire surtout: accélérer) pour pas avoir â recharger le tel. Et sans tel, sincèrement, j’aurais été bien paumé!

    Ajoutez pas mal de passages où il fallait « mettre les mains ». Ajoutez une grotte à traverser à quatre pattes (si, si)où je me suis assommé. Et bien sûr couronnez le tout par une chaleur que l’on ne peut même plus qualifier de « cagnard » (la voiture affichait 44 degrés à mon retour…) et vous aurez une rando de 4h rondement menée mais bien crevante…

    Bien content de pouvoir me reposer ce soir encore « chez Su »  qui me chouchoute un max.

    Ca fait du bien. Parce que certes j’ai fait la moitié de mes sommets, mais les plus durs restent à venir…

  • Sommet 6/14 : Le Mourre Nègre

    Je connaissais le Mourre Negre, point culminant, du massif du Luberon (1125m) par Cabriere d’Aigue, versant Sud.

    Hier soir, dans ma version de « j’irai dormir chez vous », je me suis retrouvé sur le canapé le Corinne, ex collègue de travail restée amie. Après une planche partagée charcuterie fromage et deux bières plus tard elle m’a fait visiter juste avant la nuit son charmant village de Saint Saturnin-les-Apt. Partant de là ce matin l’accès naturel le plus proche à mon sommet du jour se situait dans un autre très coquet (fleuri) village : Auribeau. Versant nord du massif.

    J’avais choisi un itinéraire sur mon indispensable Visorando, une boucle de 9 km 600d+.

    En démarrant une fois encore à 9h je redoutais la chaleur qu’on annonce désormais tristement « caniculaire ». Heureusement, une grande partie du parcours se fait en forêt. La montée annoncée dure par les avis des randonneurs sur l’appli ne m’a  pas rebuté. Faut dire que j’ai ressorti les bâtons pour l’occasion. J’ai avalé les 600 m de d+ en 1h30 pour me retrouver au sommet avec son inévitable tour-antennes…

    C’est un symbole très signifiant que de trouver sur tous ces points culminants soit une croix (version ancienne) soit une antenne (version moderne). Les dieux changent mais que dire de notre rapport au monde ? Nous nous soumettons aujourd’hui à la technique comme autrefois à la religion.

    Personnellement je trouve Dieu partout dans la nature et toutes les formes de vie. Sur mon chemin je sais qu’il y a toujours un moment où il m’offre une ouverture vers l’indicible, un moment de grâce qui exalte ma puissance d’exister.

    C’est arrivé aujourd’hui, en descendant du Mourre Negre quand, marcheur solitaire et apaisé, je me suis retrouvé entre deux haies de genêts, aussi odorants que colorés, envahis par mes compagnons les papillons enivrés par la saveur des fleurs.

    Pouvoir être là, à cet instant, faire partie de ce Tout qui s’exprime de toutes les façons, m’incite une fois encore à la gratitude.

    Nous en parlions d’ailleurs hier soir avec Corinne. Et je l’ai souvent formulé aussi dans mon « Petit livre bleu ». Ce n’est pas de la théorie. C’est du vécu. Et pour cela nous pouvons être,, chacun d’entre nous, une antenne…

  • Sommet 5/14. Le pic des Mouches.

    Après ce que j’ai dit de la chaleur hier, que croyez-vous qu’il arrivât ? Je suis parti encore plus tard, à la pire heure qui soit : midi. Suis-je maso ?

    En fait il n’est pas facile de s’arracher à un détour par la casa. Il faut se remotiver, se relancer. Et puis je savais que de toute façon la rando du jour était la plus courte des 14.

    J’aurais pu programmer un accès au Pic des mouches par la face sud en partant de Puyloubier. Mais j’avais besoin de souffler un peu. Je ne veux pas négliger les conséquences de l’accumulation des efforts.

    Ce Massif de la Sainte-Victoire, grand motif cézanien, c’est vraiment mon jardin. À quelques kilomètres de chez moi, j’admire toujours sa forme pure, et c’est là que j’ai le plus randonné et couru.

    Contrairement à ce que l’on pourrait croire, son point culminant n’est pas la croix de Provence (juste au-dessus du refuge, la chapelle, et la brèche des moines). Le pic des Mouches ( pas des moches !) dont l’étymologie laisse perplexe, est à l’autre bout du massif, plein est.

    En partant du col des Portes, j’ai mis 1h30 aller-retour (6 km 400md+) en mode semi-trail. Esthétiquement cette face nord (celle de Vauvenargues où est enterré Picasso en son château) est nettement moins intéressante que les visions plein sud ou sud-ouest (depuis Aix, l’angle de Cézanne). Versant nord la montagne n’a aucune forme. On est sur une pente, beaucoup plus douce qu’au sud, qui mène jusqu’à la crête. Une fois en haut bien sûr la vue embrasse la plaine et au loin tous les autres massifs provençaux, de la Ste Baume au Ventoux (qui m’attend dans quelques jours).

    A quelques dizaines de mètres près, ce pic des mouches aurait pu être le culminant du département. Le redoutable Bertagne (voir jour 2) l’a privé de ce titre.

    N’empêche je l’aime bien, ce sommet facile d’accès…

    Et que croyez-vous qu’il arrivât après ? J’ai refait un détour par la casa, le temps d’une douche et d’une sieste au frais, avant de me diriger vers le Luberon, pour d’autres aventures… Il faut partir, encore. Mac Arthur disait : »La jeunesse est la victoire du goût de l’aventure sur le goût du confort ». Vieillir est inéluctable. Et le confort n’est pas un vice. Mais on peut toujours offrir un peu de temps, d’une manière ou d’une autre, à notre éternelle jeunesse…

  • Sommet 4/14. La Tête du Grand Puech.

    Bim ! Aujourd’hui, j’ai quand même eu l’impression de subir un peu plus, d’être moins allègre des jambes et cool Raoul. Faut dire aussi que je suis encore parti à 9h. L’ami Christian est très bavard. Moi aussi. Le petit déjeuner a duré. C’était une halte bien sympathique.

    Neuf heures, avec les chaleurs actuelles, c’est beaucoup trop tard. Surtout pour une randonnée de 18 km et 850m de dénivelé. J’ai mis cinq heures tout pile. Visorando annonçait 7h. Bien qu’un peu assommé par la chaleur d’un air immobile, je suis content d’avoir pu courir quelques derniers kilomètres à un  rythme sans fatigue. Les 1000 km d’entraînement trail depuis l’été dernier n’ont pas  servi à rien. Mon corps a bien reçu le message. Il s’est adapté, et franchement je me dis que j’ai là aussi beaucoup de chance de disposer d’une telle mécanique à mon grand âge. S’il n’y avait pas cette p….. de tremblote, ce truc vicieux dans ma tête , ce serait juste parfait. Mais c’est ainsi : Mister P. je suis.

    Avec tout ça, j’en oublie  de vous parler d’une autre tête : la Tête du grand Puech, point culminant, du massif de l’Etoile qui borde une bonne partie de l’agglomération marseillaise. Au sommet (778m), encore une vue dingue à 360 degrés, mais un voile blanchâtre (chaleur ?) qui empêche de voir le détail de tous les massifs. Mais bien sûr on reconnaît notamment la Sainte-Baume (où j’étais avant hier), la Sainte-Victoire (où je serai demain).

    Je suis parti de « La Féve » (commune d’Allauch) juste après « la Bourdonnière ». J’ai là pas mal de souvenirs d’enfance. Je suis passé devant une maison (à véranda à l’étage, verre en couleurs) qui n’a pas changé depuis… 60 ans. J’ai fait mon Proust… ( avec « s » !). 

    Tout du long de la rando j’ai essayé de photographier mes compagnons les papillons (les « parpaiouns » de Pagnol). Mais y a rien à faire. Ils ont encore plus la bougeotte que Mister P. ! En revanche, une grosse chenille verte, pas de problème. 

    Ce soir retour alla casa ! Parce que j’étais tout prêt, et parce que je vais  chercher l’aimante à l’aéroport (elle est allée prendre le frais au pays de la glace…).

    J’en profite pour affiner mes bagages, laisser un peu de linge salle, et m’acheter un nouveau bermuda de rando parce que mon Northface qui m’accompagne depuis… 15 ans, a fini par dire stop. Il en aura fait, celui-là ! Il en aura vu du pays !

    C’est fou comme on s’attache à ces choses là. Vais-je arriver à le jeter ? Il y a tellement de photos où je le porte.

    Bon, trêve de sensiblerie textile, je vais faire chauffer l’eau des pâtes (des « papillons » de chez Barilla !)(1) avant d’aller à Marignane retrouver l’aimée… Sur la terrasse j’écoute les oiseaux en buvant une « Mort subite ».

    Non non, je suis pas encore mort. La preuve : demain je continue…

    (1) »  farfalle «  en italien ;-) 

  • Sommet 3/14. Le Garlaban

    Sommet 3/14. Le Garlaban.

    Le Garlaban (714m)est le point culminant de… rien! Pas même du massif dont il porte le nom (sommet 731m au Plan de l’Aigle, à quelques encablures).

    Mais quand j’ai fait ma to-do list de 14 sommets, je ne pouvais pas imaginer l’oublier. Le Garlaban est trop présent, trop visible. Il est une évidence de proéminence qui s’ impose dans la plaine entre Aubagne et Marseille.

    Et puis il y a Marcel. Pagnol, bien sûr, pas Proust. Le  Garlaban est le point culminant des collines de Pagnol ! Ça suffit pour tout justifier.

    Jusqu’au dernier moment, j’ai hésité sur le côté choisi pour l’aborder. Les fois précédentes je suis souvent parti de Lascours, mais ce n’est pas «  du côté de chez Pagnol ».

    J’ai donc choisi le circuit classique par le col d’Aubignane, et un retour inédit pour moi par le vallon des Piches (quel nom!) et la grotte de Manon (je t’aime !). De ces collines qu’il s’est appropriées, Marcel P. a fait la réalité de ses fictions et je suis terriblement jaloux de lui,  moi qui aimerais tant , simple Mister P. , laisser au moins une petite trace. léguer quelques mots, être associé à un lieu…

    Alors pour me venger du Marcel de Garlaban, je continue aussi d’avancer (page 1850/2400) dans l‘œuvre de l’autre Marcel P., celui du faubourg St Germain et de Combray…

    C’est tout de même une chance, là encore , de pouvoir apprécier des personnalités et des écritures si différentes !

    A part ça… parti plus tard que prévu (9h) c’est en faisant toute la descente en courant que j’ai pu boucler l’affaire en 2h36 pour 10 km et 430 de d+.

    Ce soir, encore une étape amicale, chez le photographe Christian Ramade qui vit au pied … du Garlaban sur lequel il a vu cinq étoiles. Impénitent chasseur d’images il m’attrape (avec bienveillance) au moment où je cède encore une fois au charme du totem provençal. Me voici grâce à lui photographe photographié…Ce n’est pas du côté de chez Swann ou du côté de Guermantes mais du côté de chez Christian et du côté de Lascours. Vous vous doutez bien quel Marcel P. apprécierait. Mister P. lui, est ravi, comme un santon.

  • Sommet 2/14: Pic de Bertagne

    Hier, j’ai oublié de dire que le mont Puget culmine à…563 m. Petit joueur. Mais tout près de la mer auprès de ses merveilleuses calanques il offre un extraordinaire belvédère à 360° notamment sur toute l’agglomération marseillaise à ses pieds.

    Le pic de Bertagne, lui aussi, offre des vues saisissantes sur tout le département des Bouches-du-Rhône dont il est le point culminant à 1042m. Ce plus haut point du Massif de la Sainte-Baume est visible dans une grande partie du sud du département d’autant plus que sa falaise bec caractéristique est surmontée d’une boule blanche (un radar) et d’antennes (aviation civile).

    Ce n’est pas pour rien que monter là-haut est  considéré comme une des randonnées les plus difficiles du coin. Depuis le parc de Saint-Pons à Gémenos, un bon 900 m de dénivelé vous attend. Bertagne ne s’offre pas facilement.

    Comme hier, plutôt qu’un aller retour j’ai opté pour une boucle me faisant passer par la face Sud pour monter et nord pour descendre. 18km. 940d+.

    Parti à 6h30 (après une très bonne nuit) le soleil m’a rattrapé à 7h30. Ce n’était pas une bonne nouvelle mais un voile nuageux est venu opportunément  me protéger d’un coup de chaleur. J’ai beaucoup bu néanmoins.

    Au sommet j’ai grignoté dans une cahute rouillée en-dessous du site militaire. J’ai bien sûr écrit un mot dans le carnet laissé là dans une boîte plastique comme « livre d’or ».

    Je suis bien content d’avoir pu courir une bonne partie de la descente. Avant de retrouver le parking, je me suis arrêté devant la belle fraîcheur des cascades du parc de Saint Pons.

    Hier soir, finalement je me suis laissé attraper par une pizzeria s’affichant comme « championne du monde » et divers autres titres. C’est vrai, la pâte était très bonne, mais je vois mal comment on peut battre les pizza napolitaines…

    Du coup (argh ! Moi aussi je dis « du coup »!!) j’ai mangé les petits pois aujourd’hui à midi avec une pomme, du saucisson, des cacahouètes. Oui, je sais : mes menus sont un peu bizarres dans ma cabane-mobile.

    Ce soir gîte et couverts chez Jean Louis  et Elisabeth. Je vais refaire le plein d’eau et recharger les batteries. Batteries électroniques, veux-je dire. Parce que pour le reste, physique et moral, pour l’instant c’est top. Il faut dire que  j’ai toujours adoré me prendre pour un nomade. Ne faire que cela : marcher… et écrire. Le faire ainsi en plus, en territoire connu, sans stress, être en mouvement dans l’apaisement…

    La vie de Mister P. est merveilleuse. Quelle chance !

  • Sommet 1/14 : Mont Puget

    Alors que j’arpente le massif des calanques depuis… 50 ans… étrangement, je n’étais jamais allé au mont Puget, son point culminant. D’autant plus étrange qu’il est facilement accessible, notamment depuis le col de la Gineste.

    Peut-être une certaine routine, m’a-t-elle souvent mené vers les mêmes endroits, souvent sublimes, de ce Massif à nul autre pareil.

    Voilà aujourd’hui c’est fait.

    Comme programmé,le mont Puget a été le premier des 14 sommets que j’ai prévu d’enchaîner en 14 jours. 11km, 530d+. 

    J’ai démarré du col de la Gineste à 9h. En mode ultra light (sac de trail trois flasques) j’ai alterné marche et course mais les calanques, toujours extrêmement usantes, ont calmé mes ardeurs. Plutôt que faire un simple one shot aller retour j’ai inclu le sommet dans une boucle me faisant redescendre vers le vallon de la Candelle puis en ressortir par une montée bien abrupte.

    Donc bonne mise en jambe pour ce premier jour. Bien sûr, la chaleur va être une problématique essentielle. Je vais profiter d’être en cabane-mobile pour envisager des départs très matinaux. Je suis tellement bien dans mon cher Berlingo ! Je l’aime, je l’aime presque d’amour ! C’est tellement bien de le retrouver à la fin de la rando et de pouvoir tout de suite s’y reposer…

    Mais évidemment, je vais grandement apprécier les étapes chez les amis dans les jours à venir. Mon cher Berlingo a ses limites en matière de confort.

    Là je suis déjà garé au parking du parc de Saint Pons pour affronter demain dès l’aube la montée au Pic de Bertagne.

    Je vais tout de même peut-être ce  soir, faire un détour par un bar de Gèmenos. Pour une bière ou un coca, mais aussi pour recharger mon téléphone, ce que mon cher berlingo ne peut faire qu’en roulant et là, pour ces premières étapes, je ne roule pas beaucoup…

    Pour manger ça reste très frugal dans la cabane-mobile. Ce soir une boîte de petits pois fera l’affaire. Je me rattraperai quand je serai chez mes amis !

    A part ça… non, ce n’est pas moi qui ai écrit au feutre noir sur un rocher au col de la Candelle ! Je vous jure ! 

  • Les 14 sommets

    C'est l'hiver dernier, quand il a décidé de ne pas repartir une troisième fois vers Compostelle, que Mister P.  a eu cette idée, ce "concept" de longue randonnée : 14 sommets, 14 jours.

    Ce défi de marcheur est bien sûr inspiré (certains d'entre vous y auront tout de suite pensé!) par les 14 sommets de plus de 8000 mètres qui se trouvent sur la planète.

    La conquête de ces 14 pics a longtemps été pour les alpinistes  l'oeuvre de toute une vie. Seize ans ont été nécessaires à la légende italienne (Tyrol du sud) Reinhold Messner pour être le premier sur la liste en 1986. Le rythme de la prouesse s'est depuis largement accéléré pour atteindre quelques années à peine, voire quelques mois selon les modes de déplacement choisis pour enchainer les sommets...

    Pas d'Everest, pas d'Himalaya, pas de "8000", pour Mister P. dont l'altimètre restera probablement bloqué au maximum à 5895 mètres (Kilimandjaro) en passant par quelques cols péruviens flirtant avec les 5000, le Col Thorong à 5416 mètres du Tour des Annapurnas, et plus proche, les 4810 mètres du Mont-Blanc. Ce n'est déjà pas si mal. Mister P. a eu sa dose d'altitude, et la chance d'accéder à ces grandes hauteurs...

    Alors aujourd'hui, en ce début d'été 2025 il va essayer d'enchaîner 14 sommets de "moins de 8000". En 14 jours. En se déplaçant d'un sommet à l'autre dans sa chère cabane-mobile (Berlingo) où il se prend pour Diogène...  Il logera chez des ami(e)s quand c'est possible, sinon dans la cabane-mobile.

    Les sommets ont été choisis parce qu'ils sont des points culminants, ou parce qu'ils sont particulièrement emblématiques des massifs qui vont de la Méditerranée jusqu'au Vercors. Parce qu'il s'agit de cela aussi : une traversée du grand sud. Voir carte ci-dessus.

    Il connaît déjà déjà la moitié de ces sommets mais n'a bien sûr jamais envisagé un tel "enchainement".

    Si possible, Mister P. adoptera un rythme "randonnée-course", entre marche et trail. Mais ça, c'est la théorie. En pratique ça commence demain. Il vous tiendra au courant quotidiennement, s'il le peut, ici même sur ce blog. Je lui cède la place. 

    A lui de marcher, de courir, de lire (Marcel), d'écrire ... Je lui dis "bon courage". Je suis bien placé pour connaître sa détermination et sa volonté. Mais est-ce que cela suffira, comme ce fut le cas vers Compostelle ? Réponse dans les jours qui viennent...

  • Le chemin de Marcel

    Mister P. se souvenait parfaitement de quelques-uns des projets qu'il avait programmés pour son temps de "retraite".

    D'abord, le chemin de Compostelle. Il  s'y était donc consacré quelques mois seulement après l'arrêt officiel de sa carrière professionnelle. Il avait , pendant deux printemps successifs, totalement accompli ce qu'il avait "rêvé" de réaliser. On trouve le récit quotidien de ces jours de marche  et milliers de kilomètres parcourus sur un blog dédié : http://yvesgerbal.hautetfort.com/

    Il se souvenait aussi d'un projet de lecture : lire l'intégralité de "A la recherche du temps perdu"... dont il n'avait lu, jeune étudiant, que les trois premiers tomes, restant toujours profondément admiratif de l'oeuvre de Proust, picorant des extraits plus ou moins célèbres pour ses cours et pour son plaisir, mais restant en dehors de cette "cathédrale" littéraire, de l'intégralité de ce monument...

    Alors, en ce printemps 2025, un an exactement jour pour jour après son départ pour son second pèlerinage, il décida d'entamer la lecture de l'oeuvre intégrale (les 7 tomes réunis en un seul très gros volume aux éditions Quarto) au rythme de 24 pages par jour par équivalence aux 24 km/jour  (en moyenne) qu'il accomplissait sur le chemin de Compostelle...

    2400 pages, 100 jours. C'était simple. Il suffisait de s'y mettre, et d'y rester. Un long chemin de lecture comme une très longue randonnée... Avec ses moments de grâce, ses bonheurs de lecteur, mais aussi des moments plus difficiles, plus exigeants, plus austères, comme la variété des chemins vers Saint Jacques...

     

    Alors où en était-il, en cette avant-veille de repartir "à pied" pour son projet original (voir plus loin) ? Avait-il eu la même constance pour tourner les pages que pour faire un pas après l'autre?

    Je suis allé voir ce matin où en était son marque-page après 68 jours de cheminement littéraire dans cette fameuse "recherche du temps perdu" ? 1800 pages, tout pile. Soit une moyenne de 26 pages. Il est dans les temps. Plus que 600 pages... Et il se souvient de ces kilométrages impressionnants vers Compostelle qui lui paraissaient insensés... et dont pourtant, un pas après l'autre, il est venu à bout... De la même manière, c'est sûr maintenant, il ira au bout de cette "recherche"... Je vois d'ailleurs qu'il retrouve le très gros volume, reprend le petit crayon noir avec lequel il annote le texte. Demain il l'emportera dans sa cabane-mobile et pratiquera chaque jour le chemin du marcheur et le chemin du lecteur.

    Il écrira peut-être aussi... pour raconter ce nouveau périple dont il est temps, désormais, que je vous parle.

    Mais avant de finir  je ne résiste pas à l'envie de recopier ici la citation que Mister P. a choisi de mettre en exergue dans son carnet de bord du second Camino : "Je n'écris pas qu'avec la main, le pied veut sans cesse écrire aussi, solide, libre et brave, il veut en être, tantôt à travers champs, tantôt sur le papier" Nietzsche. Le gai savoir

    Tout est dit. Je ne sais pas si Mister P. aurait pu devenir un compagnon de Marcel, piètre marcheur, malgré l'admiration pour son oeuvre, mais je  crois qu'il se serait (peut-être) bien entendu avec cet insupportable Friedrich, grand marcheur qui écrivit aussi : "Seules les pensées qu'on a en marchant valent quelque chose".