Je dois l’avouer : la montagne, ça se mérite… Après deux ans de Camino puis deux saisons de trail, j’avais peut-être un peu oublié que marcher « en montagne » n’est pas seulement marcher. Il faut aussi une dose d’abnégation, une patience endurante, une résistance aux douleurs corporelles. Oui, marcher en montagne est un réel effort. Pas facile. Et vous savez quoi ? C’est même pour ça qu’on le fait. C’est un plaisir composite fait d’exaltation et de petites souffrances. Je parle là, bien sûr, du randonneur âgé, pas de la jeunesse triomphante qui caracole tout en souplesse et fluidité. Mister P. à bien connu ça, cette ivresse du corps… Maintenant il doit composer avec raideur et lenteur. Et avec bobos récurrents. Comme ce gros orteil relevé (héritage génétique) qui s’obstine à venir taper le bout de la chaussure dans les descentes. Et aujourd’hui on a eu 1100m de D- ! Oui, parfois c’est rude. Mais quelle récompense, mon Dieu ! Ce massif du Mont Blanc toute la journée sous les yeux, des lacs qui reflètent les sommets, un bouquetin qui traverse le chemin… Non, marcher en montagne n’est pas seulement marcher : c’est une expérience totale, c’est sentir intensément la vie, de la tête aux pieds, de l’esprit à l’orteil…
Ce soir, après une montée au Lac Blanc et une redescente sur l’Argentiere, nous sommes logés à l’hôtel du Dahu… Le dahu ? Mais oui, vous savez bien, cet animal qui a deux pattes plus courtes pour mieux tenir dans la pente. Cette légende doit bien faire rire le chamois qui, cette après-midi, se tenait tranquillement sereinement perché au bord d’un à pic et nous regardait descendre sur nos jambes flageolantes…